Les usines à ciments de Veynes, un passé révolu

Nous sommes en 1997, Les usines à ciment de Veynes, A et B, fermées depuis 1950 ne sont plus que des souvenirs. Les deux, c'est-à-dire ce qui restait après la dépouille d'un ferrailleur, ont été rachetées par la commune. L'usine A, dite de Glaisette, la plus ancienne, est devenue la salle de fêtes des "Arcades".

Elle est située sur le côté gauche de la bute qui monte au village de Glaise. De ce côté-là rien n'a été démoli à ce jour. Par contre, du côté droit, où se trouvaient la salle de broyage et les silos à ciment, tout a été rasé pour en faire un parc à autos, complément indispensable pour la salle des fêtes. L'usine B, dite du Plan, usine nouvelle construite entre 1928 et fin 1931 était une construction entièrement métallique, une belle usine qui coûta 7 millions à l'époque. Le ferrailleur n'a eu qu'à déboulonner pour prendre sa marchandise. L'emplacement est devenu une zone industrielle. A ce jour nous ne pouvons remonter qu'un siècle en arrière. A la fin du siècle dernier il y avait dans la région plusieurs fabriques très artisanales de liants : St Bonnet, Montdauphin, Serres, Bons Enfants.. et Veynes. Pour cette dernière un artisan (dont j'ai oublié le nom) exploitait une couche dite "le petit banc".

l'usine "A", vue générale

Il s'agissait d'un filon de 1m 90, donc très mince et dont l'exploitation uniquement en galerie était difficile (on pouvait se tromper de direction, c'est arrivé) et coûteuse. Mais cette couche avait la qualité d'être homogène dans toute sa masse et donnait un ciment naturel prompt de qualité exceptionnelle: résistance élevée, rapidité de démoulage. Il faut signaler au passage qu'à la fin du 19 éme siècle et au début du 20 éme c'était le règne du ciment naturel (prompt et lent).

Le règne de la synthèse, ciment artificiel et autres est venu après 1920, après l'expérience Vicat. Toutefois cette petite affaire artisanale a été vendue au début de ce siècle à Monsieur DumoIard (de la famille des Dumolard de la Porte de France) qui exploitait à Grenoble une couche de cinq à six mètres d'épaisseur et qui donnait un ciment prompt unique au monde et très connu. M. Dumolard amenait ses connaissances certes, mis aussi des relations et, avec l'aide d'une partie de sa famille, un certain capital. L'exploitation prenait le nom de Dumolard et Cie. Avec ce capital des améliorations et des agrandissements étaient réalisés: un deuxième four, des silos à ciment, une turbine actionnée par l'eau de Glaizette captée à la Gerle. Les écluses existent encore, intactes, dans le torrent. Mais cette force devenait insuffisante par période de sécheresse.

"en tête" des courriers de l'usine Dumolard

Il fallait écluser c'est à dire faire remplir l'écluse, puis ouvrir la vanne pour que l'eau actionne la turbine qui broyait le ciment après la cuisson. Quand l'écluse était vide on fermait la vanne et on attendait que le réservoir soit plein pour recommencer. C'est alors que l'électricité est venue au secours de cette Insuffisance d'eau.L'emballage du ciment prêt à la vente se faisait à la pelle dans des sacs de jute au début, puis en papier par la suite. Les sacs de jute étaient consignés et au retour la sacherie était vérifiée. Le raccommodage des sacs endommagés était fait par des femmes. Pour l'exportation du ciment (Algérie et autres colonies de l'époque) on utilisait des tonneaux de bois fabriqués sur place par une équipe de tonneliers, pour rendre ces récipients plus étanche leur intérieur était tapissé de papier. Pendant la guerre de l4-18 l'usine est fermée car la main-d'oeuvre a été mobilisée. Les wagonnets sont rangés dans les galeries que l'on ferme par des barres cimentées. Après la guerre la compagnie "Nord et Alpes à a pris la suite de à Dumolard et Cie".

Cette nouvelle société a été créée par un groupe de russes Blancs qui avaient quitté la Russie et qui avaient des capitaux à placer. Comme déjà dit plus haut, l'usine B du plan est construite. Un puits est foré vers la voie ferrée. Des murettes sont édifiées depuis la voie ferrée jusqu'à la route de Grenoble. Un four vertical, en cône à la base, différent de ceux de la première usine est construit. On avait envisagé le transport de la pierre brute à l'aide d'un câble depuis les galeries de l'usine A jusqu'à l'usine du Plan en passant au-dessus du plateau des Egarets. L'ingénieur Fourniaux avait même fait les plans, mais cela n'a jamais été réalisé. La pierre était transportée par des chevaux puis par des camions qui traversaient Veynes. On fabriquait environ 30 tonnes de ciment par jour. L'effectif humain était d'une quarantaine de personnes. Les années de 1932 à 39 ont été difficiles pour la vente.

Une partie de l'usine "B" au plan

Les difficultés ont augmenté après la guerre 39-45 suite à la concurrence des ciments artificiels Lafarge. En 1945 l'usine a été détachée du groupe d'origine pour devenir la "Société des Ciments de Veynes". Mais cette usine, malgré ses agrandissements était encore trop à l'étroit. De plus les manutentions : brouettes, pelles. triage à la main, rendaient le prix de revient très élevé, alors qu'ailleurs, dans les usines modernes on produisait du ciment artificiel à un prix de revient égal à la moitié. Aussi la fermeture des deux usines a été décidée entre 1950 et 1953. Touristes qui venez à Veynes, promeneurs, vous pouvez encore voir dans la salle des fêtes des Arcades le bas des trois premiers fours construits, et à l'extérieur, côté Nord, au bord de la route de Glaise un grand four encore intact, et un peu plus loin l'entrée de quelques galeries sous les Egarets. A la place de l'usine du Plan se sont installés les matériaux SAMSE, l'EDF, les Etablissement Reynouard, la menuiserie Dastrevigne, les entrepôts Rouny-fruits, les transports Pinet, l'ex usine solaire. Et au milieu de tout cela une grande plate-forme en ciment avec deux gros blocs de béton qui marquent l'emplacement du four , tristes vestiges.

D'après un article du "Jaboteur" rédigé grâce à Joël Marin Ancien cadre de l'usine
Cartes postales: L Massot
logo: M Marnetto
mise en page H Favier

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